Pourquoi certaines photos restent gravées dans notre mémoire… et d'autres s'oublient en quelques secondes

Nous avons tous déjà vécu cette expérience. Faire défiler des centaines de photographies sans vraiment nous arrêter. Puis tomber sur une image qui nous retient immédiatement. Une image que l'on regarde quelques secondes de plus, qui nous accompagne encore longtemps après avoir quitté l'écran.

Pourtant, cette photographie n'est pas forcément la plus spectaculaire. Elle n'est pas forcément la plus colorée ni la plus technique.

Alors pourquoi certaines images restent-elles gravées dans notre mémoire alors que d'autres disparaissent presque instantanément ?

Pendant longtemps, je pensais que la réponse se trouvait dans la lumière, le sujet ou la composition. Aujourd'hui, je crois que la réponse est plus simple.

Les photographies qui nous marquent sont celles qui nous font ressentir quelque chose.

Une photographie n'a pas besoin d'être parfaite

Lorsque j'ai commencé la photographie de paysage, je cherchais surtout à réaliser de belles images.

Je voulais capturer de beaux panoramas, de belles lumières et beaux couchers de soleil.

Je pensais qu'une photographie réussie devait avant tout être impressionnante. Avec le temps, j'ai pourtant remarqué quelque chose d'étrange. Certaines de mes photographies étaient techniquement réussies ; la lumière était belle ; la composition fonctionnait et l’exposition était correcte.

Mais lorsque je les regardais quelques mois plus tard, elles ne me procuraient plus rien. Je les trouvais agréables à regarder mais elles étaient oubliables.

À l'inverse, certaines images continuaient à me toucher des années après leur réalisation.

Pourquoi ?

Je pense aujourd'hui que la différence ne venait pas de leur qualité technique.

Elle venait de l'émotion qu'elles étaient capables de transmettre.

L'émotion naît des relations entre les éléments

Lorsque l'on parle de photographie, on évoque souvent les éléments qui composent une image.

  • La lumière.

  • Les couleurs.

  • Les textures.

  • Les lignes.

  • Les formes.

Mais ce qui me semble réellement important, ce ne sont pas ces éléments individuellement.

C'est la relation qu'ils entretiennent entre eux. Une couleur seule ne raconte pas grand-chose, une texture seule non plus et une lumière seule n'est souvent qu'un effet visuel.

En revanche, lorsque plusieurs éléments se renforcent mutuellement, quelque chose de plus intéressant apparaît.

Personnellement, il existe certaines combinaisons qui me touchent particulièrement.

J'aime énormément l'association du bleu et du vert.

Ces couleurs m'évoquent immédiatement le calme, la profondeur et l'immersion.

Lorsqu'une lumière dorée vient s'ajouter à cet ensemble, une sensation de bien-être apparaît souvent dans l'image.

Parfois, quelques touches de rouge viennent créer une tension ou un point d'accroche qui renforce encore davantage l'émotion.

Aucune de ces couleurs ne suffirait seule, c'est leur relation qui crée quelque chose.

Et je pense que c'est exactement la même chose pour tous les autres éléments d'une photographie.

Le piège de la photographie efficace

Pendant longtemps, j'ai abordé mes sorties avec une logique de productivité.

Je voulais revenir avec des images, le plus possible. Je trouvais rapidement une composition qui me semblait fonctionner et je prenais la photo puis je passais à la scène suivante.

Sur le moment, j'avais l'impression d'être efficace.

En réalité, je m'arrêtais souvent à la première solution.

Je photographiais ce qui était évident.

Je ne prenais pas le temps d'explorer, de simplifier ni même d'essayer différentes relations entre les éléments présents dans la scène.

La plupart de ces images ont disparu de mon portfolio.

Non pas parce qu'elles étaient mauvaises. Mais parce qu'elles manquaient de profondeur. Elles n'étaient pas assez travaillées pour devenir mémorables.

Aujourd'hui, je fonctionne différemment.

Lorsque quelque chose attire mon regard, je ne cherche plus immédiatement à photographier la scène. Je cherche d'abord à comprendre ce qui m'attire, puis j'essaie de construire autour de cet élément. Je cherche les relations, les échos, les contrastes, les répétitions, les couleurs, les ombres, les textures.

Je simplifie autant que possible.

Et seulement ensuite je photographie.

Ce qui attire mon regard aujourd'hui

Lorsque je déclenche, la première question que je me pose est presque toujours la même :

Qu'est-ce qui m'attire réellement dans cette scène ?

Cette question peut sembler simple.

Pourtant, elle change complètement la manière de construire une image.

Parce qu'une fois que l'on connaît la réponse, tout devient plus clair.

On sait ce qu'il faut mettre en valeur, on sait ce qu'il faut retirer et ce qui est essentiel.

Et surtout, on évite de perdre le sujet au milieu d'informations inutiles.

Je pense que beaucoup de photographies manquent d'impact parce qu'elles cherchent à montrer trop de choses à la fois.

L'émotion a besoin de clarté et d'espace.

Elle a besoin que le regard puisse circuler naturellement dans l'image.

Une photographie n'a pas besoin de raconter une histoire

On entend souvent dire qu'une photographie doit raconter une histoire.

Je ne suis pas certain que ce soit toujours vrai.

Je pense en revanche qu'elle doit faire ressentir quelque chose.

L'histoire vient parfois ensuite.

Lorsqu'une image nous touche, notre imagination commence à travailler.

Nous projetons nos souvenirs, nos expériences, nos émotions et nos propres histoires.

Mais tout commence par ce premier ressenti.

C'est lui qui nous retient devant l'image et qui nous donne envie d'y revenir.

Pourquoi certaines images restent

Avec le temps, j'ai fini par développer ma propre définition d'une photographie mémorable.

Elle n'a rien à voir avec la perfection.

Une photographie devient mémorable lorsque l'équilibre et l'harmonie engendrent l'émotion.

Lorsque chaque élément semble être à sa place.

Lorsque rien ne paraît superflu.

Lorsque l'on ressent quelque chose avant même d'essayer de comprendre ce que l'on regarde.

Et peut-être que c'est finalement cela que nous recherchons tous lorsque nous photographions la nature.

Non pas montrer un paysage mais partager, à travers une combinaison de formes, de lumières, de couleurs et de textures, une émotion que nous avons ressentie sur le terrain.

Car ce ne sont pas les paysages que nous retenons le plus longtemps.

Ce sont les émotions qu'ils nous ont laissées.


À lire ensuite

Dans le prochain article, nous verrons pourquoi la composition ne sert pas à créer des images équilibrées, mais à guider le regard et renforcer l'émotion que nous cherchons à transmettre.

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