Pourquoi vous ne progressez pas en photographie de paysage
Et ce n'est probablement pas un problème de matériel
Pendant longtemps, je suis parti photographier avec une seule idée en tête : il fallait que ma sortie soit rentable.
Chaque randonnée, chaque lever de soleil, chaque journée passée dans la nature devait me permettre de rentrer avec au moins une image digne de rejoindre mon portfolio.
Je me mettais une pression constante car si je revenais sans "photo portfolio", j'avais le sentiment d'avoir perdu mon temps. Alors je photographiais énormément.
À chaque sortie, je déclenchais sans compter. J'essayais différents cadrages, plusieurs focales, je photographiais tout ce qui me semblait intéressant. Je pensais qu'en multipliant les prises de vue, j'augmenterais mes chances de réussir une belle image.
Mais le résultat était presque toujours le même. Une fois devant mon ordinateur, je ressentais une immense frustration.
Les paysages que j'avais découverts m'avaient émerveillé. Pourtant, les photos ne racontaient presque rien de ce que j'avais vécu.
Je repartais quelques jours plus tard avec la même motivation… et la même frustration. J'enchaînais les sorties et j'accumulais les images. Mais je n'avais pas l'impression de réellement progresser.
Avec le recul, je comprends aujourd'hui que le problème n'était ni mon appareil photo, ni les paysages que je photographiais.
Le problème venait de ma façon d'aborder la photographie.
Le piège de la rentabilité
Je pense que beaucoup de photographes se reconnaîtront dans cette situation.
Nous avons peu de temps pour sortir. Alors, inconsciemment, nous voulons que chaque sortie soit productive. Nous voulons rentrer avec LA photo. Cette attente change complètement notre manière de photographier.
Nous ne prenons plus le temps d'observer. Nous cherchons rapidement un sujet et nous déclenchons beaucoup. Et plus les minutes passent sans image convaincante, plus la pression augmente.
Le paradoxe, c'est que cette recherche permanente de résultats nous empêche souvent de voir ce qui se trouve juste devant nous.
Aujourd'hui, je ne photographie plus de cette façon.
Je sors moins... mais je photographie beaucoup mieux
La vie a changé. Aujourd’hui j'ai beaucoup moins de temps qu'avant pour partir photographier. Je ne peux généralement sortir qu'une journée par semaine.
On pourrait penser que cela freine ma progression. En réalité, c'est presque l'inverse qui s'est produit. Je prends beaucoup moins de photos qu'avant. Parfois seulement quelques images pendant toute une sortie. Mais chacune d'elles est le résultat d'un temps d'observation bien plus long.
Je regarde davantage, j'attends davantage.
Il m'arrive de rester plusieurs minutes devant une scène sans sortir mon appareil.
Avant, cela m'aurait semblé être une perte de temps.
Aujourd'hui, je sais que c'est souvent à ce moment-là que la photographie commence réellement.
Ce qui a réellement changé ma photographie
Ce n'est pas un nouvel appareil. Ni un nouvel objectif. Ni davantage de sorties.
Ce qui a tout changé, c'est d'apprendre à analyser mes propres images.
Pendant longtemps, lorsque je revenais d'une sortie, je sélectionnais rapidement les photos que je préférais avant de passer aux suivantes.
Aujourd'hui, je fais exactement l'inverse. Je cherche d'abord à comprendre :
Pourquoi cette image fonctionne-t-elle ?
Pourquoi celle-ci me laisse-t-elle indifférent ?
Qu'est-ce qui attire mon regard ?
Qu'est-ce qui parasite la composition ?
Est-ce que cette photographie retranscrit réellement ce que j'ai ressenti sur le terrain ?
Petit à petit, ces questions m'ont permis d'identifier des erreurs qui revenaient sans cesse.
Je photographiais trop vite. Je voulais tout montrer.
Je ne savais pas encore ce qui m'avait réellement émerveillé dans une scène.
À force d'analyser mes images, j'ai commencé à corriger ces habitudes une par une.
Observer avant de photographier
Aujourd'hui, lorsque j'arrive dans un paysage, mon premier réflexe n'est plus de sortir mon appareil.
J'observe et je laisse le lieu m'imprégner. Je cherche ce qui attire naturellement mon regard.
Une lumière.
Une texture.
Une ligne.
Une ambiance.
Une émotion.
Puis seulement, je commence à réfléchir à une photographie. Cette manière de travailler m'a appris une chose essentielle. Les meilleures images ne naissent presque jamais dans la précipitation.
Elles naissent de l'observation.
La frustration a laissé place au plaisir
Ce qui est paradoxal, c'est qu'aujourd'hui je rentre encore parfois sans image. La différence, c'est que cela ne me frustre plus. Parce que je ne considère plus une sortie photo comme un examen qu'il faut réussir.
Chaque sortie est une occasion d'apprendre quelque chose.
Parfois je réalise une photographie qui rejoindra mon portfolio.
Parfois non.
Mais j'observe.
Je comprends mieux un lieu. Je découvre une nouvelle lumière. J'identifie une erreur que je ne referai plus.
Et cela fait aussi partie de ma progression.
Ironiquement, c'est au moment où j'ai arrêté de vouloir absolument rentrer avec une photo de portfolio que j'ai commencé à en réaliser beaucoup plus souvent.
La progression commence lorsque l'on apprend à voir
Si je pouvais revenir quelques années en arrière, je ne conseillerais pas à celui que j'étais d'acheter un meilleur appareil.
Je lui dirais d'accepter qu'une sortie photo n'a pas besoin d'être rentable pour être utile.
Je lui dirais de ralentir.
D'observer davantage.
D'analyser honnêtement ses images.
Et surtout, de comprendre qu'avant d'apprendre à maîtriser un appareil photo, il faut apprendre à regarder. Car c'est là que la photographie de paysage devient passionnante.
Le jour où l'on cesse de courir après les images, on commence enfin à les voir.
À lire ensuite
Dans le prochain article, nous verrons pourquoi certains photographes semblent voir des images partout, alors que d'autres passent devant les mêmes paysages sans jamais remarquer ce qui les rend si particuliers.